Ici et là-bas, même combat
L’infection à VIH est sans aucun doute la maladie qui a marqué le 20ème siècle et suscité une mobilisation unanime sur le plan international. Est-ce parce qu’elle touche tous les continents ? Est-ce parce qu’elle touche les personnes sans distinction d’âge, de sexe, d'origine, de rang social ou de religion ?
Sans doute que oui. Selon les croyances et les représentations, l’origine de ce virus fait débat. Certains pensent que ce virus serait dû à des manipulations scientifiques dans les laboratoires, pourrait être un moyen délibéré pour réduire la démographiemondiale galopante, une idée répandue dans certains pays en développement. Il est aussi sujet à dérision. On peut entendre souvent que le “SIDA” voudrait dire : “Syndrome Imaginaire pour Décourager les Amoureux.”
Dans les communautés africaines subsahariennes, on entend encore que le sida serait un mauvais sort jeté par quelqu'un. Et cela malgré tous les discours sur les modes scientifiquement connus de transmission. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cette raison que le discours sur la prévention peine à être accepté.
Ce qui est sûr, c'est que les idées reçues sur des modes de transmissions imaginaires contribuent davantage encore à isoler les personnes séropositives, alors même que la science a fait d’énormes progrès sur la prise en charge depuis la découverte du VIH en 1983. Si dans les pays du Nord, la situation a beaucoup évolué grâce notamment à la recherche, aux moyens financiers, aux décisions politiques et à la forte mobilisation des associations, dans de nombreux pays en Afrique, les choses avancent plus péniblement. Prenons l'accès aux soins par exemple. Ici, en France, la prise en charge est globale, elle intègre tous les facteurs déterminants de santé (social, économique, biologique, psychologique, etc.) la couverture maladie (le 100 %), l'accès aux médicaments et aux examens biologiques.
En France, l'enjeu pour les responsables de la santé publique est d’inciter au dépistage de façon à pouvoir traiter précocement. Dans les pays en Afrique, la situation est plus contrastée. En fait, on dénombre trois cas de figures. Premièrement, certains pays proposent le traitement gratuit ainsi que le suivi biologique. Deuxièmement, certains pays proposent le traitement gratuit, mais le suivi biologique est payant. Troisièmement, tout est payant. Et même si le coût peut paraître dérisoire à quelques uns, ce n’est pas le cas pour tout le monde. Et tout cela, sans tenir compte de l’implantation très inégale des centres de soins sur le plan géographique d'un pays à un autre et à l'intérieur d'un même pays. La prise en charge de la femme enceinte a réduit la transmission de la mère à l’enfant. Mais ce qui est un automatisme au Nord ne l'est pas au Sud où cet accès dépend étroitement des fonds internationaux.
Si on peut dire sur le plan médical que l’infection à VIH est devenue une “maladie chronique” au même titre que le diabète ou l’hypertension artérielle, il n’en va pas de même sur le plan pyscho-social. Entre ici et là bas, on voit qu’il existe de grandes disparités.
Une inégalité existe entre le Nord et le Sud, mais aussi entre les différents pays du Sud. Si les personnes malades bénéficient des traitements grâce à la solidarité internationale via le Fonds mondial, cette dernière est fragile et même de moins en moins généreuse. Ce premier regard croisé sur l’infection à VIH ici (en France) et là bas dans certains pays d'Afrique subsaharienne a pour ambition de rendre compte de certaines différences qui existent entre les personnes atteintes d’une mêmemaladie selon l'endroit où elles vivent. C’est ce message que nous, acteurs et militants de la lutte contre le sida, avons voulu délivrer aux décideurs politiques, aux bailleurs de fonds... à tous.
Kouadjo Koffi
Edito : GINGEMBRE #05
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Mis à jour (Vendredi, 15 Janvier 2010 15:35)




